Oser la mission

14 décembre 2023

Oser la Mission, c’est le thème qui avait été choisi pour une soirée d’Avent ensemble, ce jeudi 7 décembre !

Pour constater qu’on est tous concernés,
qu’on est tous déjà missionnaires,
qu’on a tous le souci de transmettre notre foi,
qu’on a tous une foi qui ne demande qu’à grandir …

vous pouvez voir le diaporama ou/et la vidéo de la soirée et lire l’enseignement de Père Pierre-Marie avec les liens ci-dessous.

Vous pouvez également retrouver l’enregistrement de la table ronde de la fête interparoissiale du 24 septembre qui portait sur ce même sujet.

Et nous pouvons prier ensemble cette belle prière à Notre-Dame écrite pour le jubilé de son apparition à Pontmain (1871-2021) et le synode du diocèse de Laval (2018-2020)

Vierge Marie, Mère de l’Église, tu chemines avec nous sur la route.
Aujourd’hui, nous tournons vers toi nos regards de croyants.
 
Éducatrice de la prière,
apprends-nous à écouter la voix de l’Esprit Saint.
Qu’il nous aide à discerner les signes des temps et mieux percevoir les attentes cachées des cœurs.
Que son ardeur nous brûle et nous transforme dans la ferveur d’une nouvelle Pentecôte.
 
Étoile de l’évangélisation,
obtiens-nous l’audace et le courage de témoigner de notre foi.
Convertis nos rencontres en visitations d’amour.
Que chacun découvre le prix qu’il a aux yeux de Dieu et se laisse toucher par sa miséricorde.
 
Mère de l’Espérance et Reine de la Paix,
toi qui nous montres Jésus, affermis nos cœurs et guide nos pas.
En ce monde aimé de Dieu, fais de nous des pèlerins et des apôtres de la joie.
Amen.
Enseignement de Père Pierre-Marie

Intro :
Qu’évoque pour vous le mot Mission ?

. Une croix de mission ! Le titre d’un film ! Les missionnaires ! Les pays de mission ? Le porte-à-porte ?….

. ou bien Paul VI : « Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser, c’est-à-dire pour prêcher et enseigner, être le canal du don de la grâce, réconcilier les pécheurs avec Dieu, perpétuer le sacrifice du Christ dans la sainte messe, qui est le mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse » (4)

. ou bien François : « Tous disciples, tous missionnaires: nous affirmons que l’Eglise, plus qu’avoir une mission est elle-même une mission » (5)

Le mot mission vient du latin missio « action d’envoyer ». « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous ai envoyés »

 

I. Quelles sont nos sources pour approfondir la mission ?

. Le livre Changer, guide pratique et passionné pour des paroisses transformées, 2021, est un bon outil pédagogique, fait par des prêtres et des fidèles laïcs, pour entrer dans l’esprit de la mission, entendu que nos sources véritables seront toujours :

. la sainte Ecriture: que dit l’Ecriture inspirée ?

. La sainte tradition : que dit la Tradition ? La tradition étant cette transmission de la foi au fil des siècles, conduisant à un approfondissement de la foi et de la vie chrétienne par tous les fidèles.

. Le magistère vivant de l’Eglise, le magistère étant cette garantie offerte par le pape et les évêques pour confirmer les fidèles dans la foi.

« Il est donc clair que la sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église, selon le très sage dessein de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu’aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa manière, sous l’action du seul Esprit Saint, elles contribuent efficacement au salut des âmes » DV n°10

 

II. 4 points de repères : Mgr Jean-Marc Aveline

1. La source :

Dieu est amour, Dieu est relation. Dieu est Père, Fils et Esprit-Saint. Le Père, le Fils et l’Esprit-Saint sont inséparables. Dieu est communion, relation. Le Fils naît éternellement du Père. Et l’Esprit-Saint est la personne-don qui unit le Père et le Fils.

Et ce Père missionne conjointement le Fils et le Saint-Esprit : « Quand le Père envoie son Verbe, Il envoie toujours son Souffle : mission conjointe où le Fils et l’Esprit Saint sont distincts mais inséparables. Certes, c’est le Christ qui paraît, Lui, l’Image visible du Dieu invisible, mais c’est l’Esprit Saint qui Le révèle » CEC n°689.

St Irénée disait que « le Père agit toujours avec ses 2 mains : le Fils et l’Esprit-Saint ».

 

2. «Tu veux comprendre la mission, regarde comment Dieu s’est révélé», en faisant le 1er pas, en se faisant proche, en s’engageant dans des alliances…

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné (envoyé) son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle » Jn 3, 16

La mission est dialogue :
se tenir là et engager la conversation avec chacun, dans l’humilité et charité, comme Dieu. « Par cette révélation, le Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1 Tm 1, 17) s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15), il s’entretient avec eux (cf. Ba 3, 28) pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie » DV n°2

 

3. «Tu veux comprendre la mission, regarde ton histoire et l’accomplissement de ton histoire». L’Eglise n’a pas le monopole de la mission de Dieu. Juifs et chrétiens ont un héritage en indivis. Nous sommes ensemble au service de l’accomplissement de la promesse. « La mission, c’est accompagner la marche de Dieu vers les pays du monde » de Lubac, Catholicisme. « Nous sommes de simples serviteurs ».

La mission est promesse :
se tenir à sa place et dialoguer avec nos frères juifs, dans l’humilité et charité, comme Dieu

 

4. «Tu veux comprendre la mission, regarde la Pentecôte, regarde l’Eglisecatholique ». Le mot  » catholique  » signifie  » universel  » dans le sens de  » selon la totalité  » ou  » selon l’intégralité « . L’Église est catholique dans un double sens :

1.  Elle est catholique parce qu’en elle le Christ est présent.  » Là où est le Christ Jésus, là est l’Église Catholique  » (S. Ignace d’Antioche, Smyrn. 8, 2). En elle subsiste la plénitude du Corps du Christ uni à sa Tête (cf. Ep 1, 22-23), ce qui implique qu’elle reçoive de lui  » la plénitude des moyens de salut  » (AG 6) qu’Il a voulus : confession de foi droite et complète, vie sacramentelle intégrale et ministère ordonné dans la succession apostolique. L’Église était, en ce sens fondamental, catholique au jour de la Pentecôte (cf. AG 4) et elle le sera toujours jusqu’au jour de la Parousie CEC n°830.

2.  « Elle est catholique parce qu’elle est envoyée en mission par le Christ à l’universalité du genre humain (cf. Mt 28, 19) » CEC n°831

La mission est catholique :
se tenir prêt, et témoigner comme disciples-missionnaires, dans le dialogue avec les autres religions ou avec les sans-religions, avec le monde : « L’Esprit est présent dans les personnes, les sociétés, les cultures » RM. La catholicité est un don et une vocation

 

Notre conversion missionnaire consiste à vivre ces 3 décentrements :
se tenir là,
se tenir à sa place,
se tenir prêt,
pour se recentrer ensemble sur le Christ, les petits et les pauvres : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait »

 

III. Aller au cœur du mandat missionnaire – Mgr Jean-Luc Garin :

Dans la traduction liturgique, ce mandat missionnaire, dans sa version matthéenne, retentit avec 4 verbes à l’impératif :

« Allez !
De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
apprenez-leur a observer tout ce que je vous ai commande.
Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. (Mt 28,19-20).

Ici, les 4 verbes semblent équivalents.

Or, il en va différemment dans la traduction du mot à mot grec :

« Allant, faites disciples toutes les nations,
les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,
les enseignant a garder tout ce que je vous commandais ».

Le seul impératif est ici celui de faire-disciple – il s’agit d’un seul verbe dans le grec –. Les actions, aller, baptiser, enseigner, apparaissent des lors comme une modalité, un moyen au service de l’action première de l’Eglise : faire-disciple, ou, autrement dit, engendrer de nouveaux disciples.

J’utilise à dessein l’expression faire-disciples et non faire des disciples pour bien insister sur l’être disciple, c’est-à-dire sur la qualité de la relation au Christ à favoriser, et non sur la quantité de disciples à faire.

 

Le pape François, lors du rassemblement national des séminaristes à Lourdes, en octobre 2014, disait : « Tout ce que vous faites pendant votre formation n’a qu’un but : devenir d’humbles disciples-missionnaires pour faire des disciples »

 

Dans le mandat missionnaire, la pointe est donc mise sur le fait de faire disciples, sortir, baptiser et enseigner, étant des actions relatives à cet impératif.

 

Vous voyez les conséquences pratiques pour notre paroisse missionnaire : il ne suffit plus de préparer aux sacrements, expliquer les rites, autour d’une table, il faut initier dans des groupes chrétiens, à la vie chrétienne, par l’apprentissage de la fraternité, de la prière, de la foi, de la charité. Il faut faire l’expérience de l’Eglise qui nous enfante avec le temps à la vie chrétienne. Tout faire pour faire-disciples, pas d’abord multiplier les sacrements….

 

IV. L’évangélisation est un processus complexe:

« L’évangélisation est une démarche complexe, aux éléments variés : renouveau de l’humanité, témoignage, annonce explicite (kérygme, prédication, catéchèse…), adhésion du cœur, entrée dans la communauté, accueil des signes, initiative d’apostolat (finalement, celui qui a été évangélisé évangélise à son tour). Ces éléments peuvent apparaître contrastants, voire exclusifs. Ils sont en réalité complémentaires et mutuellement enrichissants. Il faut toujours envisager chacun d’eux dans son intégration aux autres. Composer ces éléments, plutôt que les opposer entre eux, pour avoir la pleine compréhension de l’activité évangélisatrice de l’Eglise…  » EN n°24

 

V. Oser la mission avec la patronne des missions.

Ste Thérèse de l’Enfant Jésus est « docteur de la synthèse », car elle nous conduit à l’essentiel (Exhortation apostolique, C’est la confiance, 15 octobre 2023, n°51) :

Evangéliser par attraction, l’image du torrent qui se jette dans la mer :
« Les dernières pages de l’Histoire d’une âme sont un testament missionnaire. Elles expriment sa manière de concevoir l’évangélisation par attraction, et non par pression ou prosélytisme. Il est intéressant de lire comment elle le résume : « “ Attirez– moi, nous courrons à l’odeur de vos parfums’’. Ô Jésus, il n’est donc même pas nécessaire de dire : En m’attirant, attirez les âmes que j’aime. Cette simple parole : “Attirez-moi” suffit. Seigneur, je le comprends, lorsqu’une âme s’est laissée captiver par l’odeur enivrante de vos parfums, elle ne saurait courir seule, toutes les âmes qu’elle aime sont entraînées à sa suite ; cela se fait sans contrainte, sans effort, c’est une conséquence naturelle de son attraction vers vous. De même qu’un torrent, se jetant avec impétuosité dans l’océan, entraîne après lui tout ce qu’il a rencontré sur son passage, de même, ô mon Jésus, l’âme qui se plonge dans l’océan sans rivages de votre amour, attire avec elle tous les trésors qu’elle possède… Seigneur, vous le savez, je n’ai point d’autres trésors que les âmes qu’il vous a plu d’unir à la mienne » n°10

Evangéliser par amour, image de l’ascenseur :
« L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus ». n°16

Evangéliser les mains vides :
« Mais Thérèse préfère souligner la primauté de l’action divine et inviter à la pleine confiance en regardant l’amour du Christ qui nous est donné jusqu’au bout. Elle enseigne au fond que, puisque nous ne pouvons avoir aucune certitude en nous regardant nous-mêmes, nous ne pouvons pas non plus être certains de posséder des mérites. Il n’est donc pas possible de nous appuyer sur nos efforts ou sur ce que nous faisons. Le Catéchisme a voulu citer les paroles de sainte Thérèse lorsqu’elle dit au Seigneur « Je paraîtrai devant vous les mains vides », pour exprimer que « les saints ont toujours eu une conscience vive que leurs mérites étaient pure grâce ». Cette conviction suscite une joyeuse et tendre gratitude » n°19

Evangéliser avec une très ferme espérance, image du crucifix, baisé par Pranzini :
« Quelle émotion ensuite lorsqu’elle découvre que Pranzini, monté sur l’échafaud, « tout à coup, saisi d’une inspiration subite, se retourne, saisit un Crucifix que lui présentait le prêtre et baise par trois fois ses plaies sacrées !..». Cette expérience intense d’espérer contre toute espérance a été fondamentale pour elle : « Depuis cette grâce unique, mon désir de sauver les âmes grandit chaque jour » n°28

Evangéliser par la confiance :
« C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour » n°1

 

Conclusion :

Dans un contexte de « tribulation sociétale et ecclésiale », il y a « urgence sociale » (Mgr Olivier Leborgne) à annoncer gratuitement l’Evangile pour le vrai bien de tous les hommes et ainsi participer à la construction de la société.

N’y a-t-il pas urgence
à oser la mission, comme dialogue, comme promesse, comme catholique,
à oser la mission, en visant le faire-disciples,
à oser la mission, en s’inscrivant, avec humilité et charité, dans ce riche processus de l’évangélisation de chaque homme et de tous les hommes, comme de toutes les cultures.
à oser la mission, dans l’esprit de la petite voie évangélique, rappelée par Ste Thérèse.

 

Bibliographie :

  • Vatican II, Dei verbum ;
  • Cardinal Jean-Marc Aveline, Dieu a tant aimé le monde. Petite théologie de la mission, 2023 ; Catéchisme de l’Eglise catholique, 1992 (CEC) ;
  • Jean-Paul II, Redemptoris Missio, 1990 ;
  • Paul VI, Evangelii nuntiandi, 1975
  • Rapport de synthèse du synode sur la synodalité, oct. 2023.