« L’espérance ne déçoit pas,

puisque l’amour de Dieu a été répandu

dans nos cœurs

par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5)

Qu’en cette fête de Noël

notre espérance soit ravivée !

Puissions-nous

être des pèlerins de l’Espérance

tout au long de l’année jubilaire 2025 !

Fraternellement

Il ne compte pas ! et pourtant il est compté !

Il ne compte pas ! et pourtant nous comptons à ses yeux et il compte sur nous !

L’empereur Auguste, lui, il compte, il fait compter sa population.

Voilà un homme qui compte… au double sens !

Il compte sa population : c’est le recensement,

Il est de ceux qui comptent dans l’empire, il en est même l’empereur,

empereur si puissant, qu’on peut compter sur lui

pour gouverner avec une performance l’empire : il est l’homme de la performance.

Si l’empereur compte,

               Dieu, lui, ne compte pas !

Il vient même mettre en échec l’ambition de l’homme de compter ses forces, sur ses forces.

Il sera compté lors du recensement qui oblige Joseph et Marie à venir à Bethléem.

Ah, le recensement sur toute la terre (cf. Lc 2, 1).

Tel est le contexte dans lequel Jésus est né et sur lequel l’Évangile s’attarde.

Il aurait pu l’évoquer rapidement, mais il en parle avec précision.

Ce faisant, il met en évidence un fort contraste :

tandis que l’empereur compte les habitants du monde,

Dieu y entre presque en secret ;

tandis que ceux qui commandent cherchent à s’élever parmi ceux qui comptent dans l’histoire

le Roi de l’histoire choisit la voie de la petitesse :

Aucun des puissants ne le remarque,

seuls quelques bergers, relégués aux marges de la vie sociale.

Dans la Bible, le recensement n’a pas laissé un bon souvenir.

Le roi David, succombant à la tentation des grands nombres

avait commis un grave péché précisément en recensant le peuple.

Il voulait en connaître la force et, en neuf mois environ, (tiens donc comme une grossesse !)

il obtint le nombre de ceux qui savaient manier l’épée (cf. 2 S 24, 1-9).

Qui compte que ceux qui savent batailler, provoque le malheur :

Oui, un malheur s’abattit alors sur le peuple.

En cette nuit, Jésus le “Fils de David”, après neuf mois dans le sein de Marie,

naît à Bethléem, la ville de David.

En devenant « enfant », mot qui veut dire ne sait pas parler – et donc compter -,

il met en échec la logique d’un monde en quête de pouvoir et de puissance, de performance

où tout se mesure à l’aune des réalisations et des résultats, des chiffres et des nombres.

Ex : aujourd’hui, on compte dans la vie de couple,

chacun doit y participer pour moitié : 50/50

logique qui conduit à une comparaison constante des efforts de l’un et de l’autre,

qui se résume par une sorte de tableau d’affichage :

 qui a fait des courses, qui a eu plus de dossiers à rendre au travail,

qui a planifié les vacances prochaines,

qui a pris en charge les conduites à l’école des enfants,

qui a pris une journée de congé pour garder l’enfant malade à la maison…

Comment déterminer ce qui est juste ? Cela semble difficile.

Au lieu d’être dans la stimulation, on est dans la comparaison/poison

cette démarche de compétition provoque le ressentiment au lieu des sentiments.

 

Dans la mangeoire, Jésus n’est pas le Dieu de la performance

               mais de celui qui vient combler nos faims les plus secrètes,

                              celles de compter pour quelqu’un

                              d’être aimé gratuitement,

de ne pas être un numéro anonyme.

Aussi, en cette nuit, nous pouvons nous demander : en quel Dieu croyons-nous ?

Au Dieu de la performance ou au Dieu de la gratuité ?

Combien est ancrée en nous l’idée d’un dieu distant et contrôleur, qui compte les points !

Mais il n’en est pas ainsi : il est né pour tous,

lors du recensement de toute la terre

pour dire à chacun : « tu n’es pas un numéro, mais un visage ;

ton nom est inscrit dans mon cœur. »

Il n’attend pas tes performances mais ton cœur ouvert et confiant.

En Lui tu redécouvriras qui tu es : un fils bien-aimé de Dieu, une fille bien-aimée de Dieu.

Oui, le Christ ne regarde pas les numéros, mais les visages.

Aussi, nous faut-il trouver ne serait-ce qu’un peu de temps

pour le regarder et voir comment il nous regarde.

À Bethléem, alors que beaucoup de gens, pris dans l’ivresse du recensement,

allaient et venaient, remplissaient les gîtes et les auberges

en parlant de choses et d’autres,

certains ont su se faire proches de Jésus :

Marie et Joseph, les bergers, puis les mages.

Apprenons d’eux à avoir les yeux fixés sur Jésus.

Quand notre cœur croise le regard de Jésus,

               il trouve la paix !

Plus besoin pour lui,

               de chercher la performance pour être en paix !

L’amour gratuit de Jésus le bouleverse.

               Alors il n’a plus besoin que tout soit utile, nécessaire, efficace,

               Il n’est plus dans la recherche à tout prix de la performance.

               Il devient un pèlerin de l’espérance,

               il vient vers Jésus couché dans la mangeoire pour être rassasié ;

               il peut alors murmurer

                              « Dieu m’aime gratuitement,

                              sans aucun mérite de ma part,

Indépendamment de mes performances, de mes origines ! »

               Il devient autour de lui un homme sur qui on peut compter

pour aimer et servir gratuitement !

               ex : Compter sur son conjoint, voilà une demande légitime dans le mariage

                              mais qui en doit pas tomber dans le comptage, le 50/50

                Compter l’un sur l’autre, c’est choisir d‘être côte à côte…

on se fait la courte échelle palier par palier

on ne cherche plus une stricte égalité mathématique, une justice froide

mais on vise ensemble quelque chose de plus haut,

chacun mettant en commun ce qu’il sait faire, ce qu’il peut donner.

Passer d’un modèle 50/50 à la gratuité,

c’est remplacer la recherche de la justice par une générosité radicale.

Il s’agit de faire un effort de 80 % (pour qui a besoin de chiffres !)

pour mettre les objectifs communs

avant les siens, c’est-à-dire de passer de moi à nous ,

autrement dit de la réussite individuelle à la réussite commune.

Lorsque le couple est ainsi synchronisé,

il devient alors créatif et productif avec un sentiment d’intimité plus fort

Les conjoints cessent de gaspiller leur énergie dans des discussions inutiles,

où chacun cherche à faire valoir son point de vue.

Ils se mobilisent sur des objectifs communs

qui les rendent tous deux meilleurs :

élever leurs enfants, atteindre la stabilité financière du foyer,

avoir des projets passionnants,

veiller à l’épanouissement de l’un comme de l’autre.

Finalement le conjoint devient un coéquipier et un ami

dont le but n’est pas d’avoir raison, mais de soutenir,

d’aimer et aider l’autre.

 

En cette nuit, entendons l’invitation de notre Dieu

  • Lui qui n’est pas né dans un 5 étoiles religieux –

               à renoncer à la logique des chiffres et de la performance,

               à choisir la vraie paix du cœur – autrement dit le bonheur –

                              celle de l’amour et de la gratuité !

Père Frédéric Foucher