Seul ce qui a été prononcé faisant foi
Rassemblée en masse, une foule de disciples est venue écouter Jésus. Comme pour marquer la solennité de son enseignement, il va gravir la montagne et s’asseoir. La montagne symbolisant la proximité avec Dieu, Jésus donne un enseignement divin. Il commence son discours par une litanie de béatitudes, considérée à la fois comme une charte de la vie chrétienne, et comme une méthodologie de la sainteté. Que doit-on en comprendre ? Est-ce une sorte d’idéal utopiste vers lequel il nous faudrait tendre ? J’aimerai, avec vous, considérer la 1ère béatitude, celle qui me semble être la plus fondamentale : « heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux ».
Facilement, nous parvenons à nous imaginer un pauvre. Il s’agit d’une personne qui manque de tout, et d’abord de moyens financiers pour se nourrir, se vêtir et se loger. Un pauvre est une personne qui prend soin de ce qu’elle possède n’ayant pas les moyens d’acquérir de nouvelles choses. Elle est une personne humble parce qu’elle consent à se laisser regarder et juger par les autres ; elle consent à tendre sa main vide en espérant y recevoir quelque chose des autres. Eh bien, un pauvre de cœur est celui qui manque d’affection et d’amour. Il peut être riche de tout mais pauvre de cœur. Or, n’avons-nous jamais été blessé par des paroles blessantes et méprisantes venant de ceux que l’on aime ? N’avons-nous jamais éprouvé la frustration de ne s’être senti aimé autant que nous l’espérions ? Ou bien, notre soif de séduction, de reconnaissance, notre besoin de toujours blaguer au cours d’une conversation sérieuse ou de s’éclipser dans le service lors d’une conversation profonde, ne sont-ils pas le reflet de la pauvreté de notre cœur ? Les uns cherchent à être aimé sur leurs mérites et leurs exploits ; les autres se sentent indignes pour s’exprimer avec leur cœur. Si l’on considère notre vie en vérité, nous découvrons que nous sommes tous des pauvres de cœur.
Alors, il nous est possible d’entendre Jésus : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux ». Vous aurez remarqué que la pauvreté du cœur est associée à la possession du Royaume des cieux. Cela signifie que la pauvreté du cœur est le moyen de vivre le Ciel dès ici-bas ; le moyen de vivre la vie éternelle dès à présent. Elle est le moyen dès lors que nous l’acceptons. Elle est l’humilité par excellence car, se sachant pauvre de cœur, nous levons les mains vers le Père pour tout recevoir de Lui. Or, le fait de tout recevoir de Lui consiste à devenir enfant de Dieu. Autrement dit, la pauvreté du cœur est la disposition qui nous rend semblable au Fils de Dieu ; le Fils de Dieu qui se laisse éternellement recevoir du Père. Si la pauvreté de cœur nous fait entrer dans une dépendance et une vulnérabilité, elles sont comblées par l’amour de Dieu. C’est pourquoi elle devient une joie, une béatitude. En acceptant d’être pauvre de cœur, et en vivant comme tel, nous nous disposons à tout recevoir de Dieu, et à l’aimer en retour en répandant la surabondance de son amour autour de nous. Ainsi, être pauvre de cœur revient à vivre de Dieu, à vivre en Dieu, et à rendre Dieu présent ici-bas.
Ainsi chers amis, n’ayons pas peur de nos fragilités. Ne craignons pas de regarder notre vie et notre passé en vérité. Choisissons de tendre nos mains vides vers Dieu pour le laisser les remplir. Que notre prière quotidienne soit une occasion de s’en remettre à Dieu, de dépendre de Lui, de se laisser recevoir de Lui. Alors, les béatitudes ne seront plus un pieux rêve, mais la joie d’une vie heureuse. Demandons la grâce d’apprendre à ne plus nous juger, mais à nous laisser regarder par Dieu seul. Nous découvrirons qu’au cœur de nos blessures, le Seigneur a déjà commencé à les panser, à les guérir. Relevons la tête et entrons dans la joie du Ciel.
