Seul ce qui a été prononcé faisant foi
Vivre, c’est se questionner !
Sur le chemin vers Emmaüs, deux disciples sont interpellés par un étranger alors qu’ils sont en pleine discussion argumentée. Interrogé sur l’objet de leur débat, ils lui répondent qu’il s’agit de Jésus de Nazareth, en qui ils avaient mis leur espoir pour la délivrance d’Israël. Et sans en comprendre encore la portée, les disciples vont se laisser enseigner par cet étranger à travers les Ecritures Saintes. Au terme de leur journée, ayant rompu le pain, les disciples vont reconnaitre en cet étranger, le Christ. Pourquoi n’ont-ils pas réussi à reconnaitre celui qu’ils suivent depuis plusieurs années ? Et qu’est-ce qui leur a permis de reconnaître Jésus Ressuscité ?
Au moment où Jésus rompit le pain, les disciples le reconnurent car « leurs yeux s’ouvrirent ». Une expression que l’on retrouve dans le livre de la Genèse, lors du péché originel : au moment où ils mangèrent du fruit de l’arbre, « alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus » (Gn 3,7). L’évangéliste St Luc témoigne que l’expérience de la vue du Ressuscité ouvre les yeux d’une manière nouvelle : des yeux de la concupiscence, s’ouvrent les yeux du cœur. Les premiers conduisant au péché, les second à la contemplation de la Gloire de Dieu. Jusqu’ici donc, les disciples sont empêchés de reconnaitre Jésus, le considérant même comme un étranger. Néanmoins, au cœur de leur désillusion, ils débattent entre eux. Fondamentalement, ils s’interrogent sur ces événements et, peut-être aussi, sur la folie de leur entreprise. Et c’est au cœur de ce questionnement que Jésus les rejoint pour cheminer avec eux. En leur interprétant les Ecritures et en demeurant au milieu d’eux, Jésus s’identifie à la Parole. Il suggère aussi qu’elle ne peut être comprise qu’ecclésialement, dans une démarche de questionnement. Or, cette démarche de questionnement implique que nous ayons la conviction que le Seigneur peut nous éclairer à travers elle. En ce sens, il s’agit de vivre dans la crainte de Dieu. Crainte qui se manifeste d’abord par la confiance en Lui et par la reconnaissance de notre petitesse face à sa grandeur. Telle est la disposition des disciples : en se questionnant, ils écoutent avec confiance l’interprétation de Jésus sous le visage d’un étranger. Face aux événements vécus à Jérusalem, ils sont dans l’incompréhension et l’humiliation : suivre un messie qui est mort. Autrement dit, pour contempler l’œuvre du Ressuscité, il faut vivre dans la crainte de Dieu.
Cette disposition qu’est la crainte de Dieu permet de reconnaitre Jésus à la fraction du pain. En ce sens, la méditation des Ecritures saintes devient une nécessité pour entrer davantage dans le Mystère de l’Eucharistie. Elle prépare notre cœur à faire l’expérience de Dieu et à oser l’impensable, à l’image des disciples qui retournèrent à Jérusalem en pleine nuit. Cela symbolise que la mort n’a plus aucun pouvoir sur eux, pas plus que les puissances du Mal. La crainte de Dieu est synonyme d’adoration. Elle est un décentrement de soi pour se laisser regarder par Dieu. Une manière d’apprendre à se laisser comme saisir par le Seigneur pour nous conduire à la contemplation de sa Gloire. Une disposition aussi à s’interroger sans cesse sur le Mystère de Dieu. Car l’homme chemine dans la vie à partir de ses questionnements. Il ne peut se comprendre lui-même qu’à la lumière du mystère du Verbe incarné (Cf. GS 22).
Ainsi chers amis, osons vivre dans la crainte de Dieu. Laissons-nous saisir par notre fragilité, notre petitesse, notre impuissance face aux aléas de notre vie, face aux épreuves de notre temps. Laissons-nous saisir avec la conviction que Dieu est infiniment grand, infiniment aimable, et qu’il accomplit son œuvre de salut. Osons croire en notre vocation de chrétien : aussi fragile que les autres, vivons en nous laissant aimer de Dieu et en cherchant à l’aimer à notre tour. Prenons également le temps de méditer quotidiennement les Ecritures Saintes. Par exemple, ayons soin de lire et méditer les lectures de la messe afin de les recevoir avec un cœur renouvelé. C’est une manière de se préparer à entrer plus avant dans le Mystère de l’Eucharistie. Venons quotidiennement dans notre église, y adorer Jésus comme l’on se rend dans la cuisine pour y boire un verre d’eau. Alors nos yeux s’ouvriront et notre joie mettra le feu de l’Esprit Saint dans toute la paroisse.
