Commémoration du 9 juin 44

14 Juin 2024

Ce dimanche 9 juin pour, au cours et au cœur de la messe, faire mémoire du bombardement de la ville de Mayenne du 9 juin 44, il y a tout juste 80 ans, Monsieur Pierre Douillet a fait le récit des évènements, de la ville en général en début de célébration, et de la basilique en particulier, en fin de célébration.

La chorale paroissiale a soutenu les chants et entrainé l’assemblée à chanter, pour que la cérémonie soit plus belle encore, pour rendre hommage aux victimes de ce bombardement.

La prière universelle était empreinte de demande de justice, de consolation, de Paix.

« L’hymne à la joie » avait été choisi comme chant d’envoi. Poème de Friedrich von Schiller écrit en 1785, chanté sur le quatrième mouvement de la 9e Symphonie de Beethoven, devenu l’hymne officiel de l’Union européenne.

Ci-dessous vous retrouverez le texte des 2 interventions de Monsieur Pierre Douillet.

 

Commémoration du bombardement de Mayenne du 9 juin 1944

A l’heure où les autorités civiles et militaires, rendent hommage aux victimes du bombardement, au cimetière, à l’ancien hôpital et à 11h place du 9 juin, quelques mots en communion avec nos concitoyens qui se souviennent.

Joie et ferveur à Mayenne, à l’annonce du débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 44.  Mais…
Crainte en voyant transiter par Mayenne des convois militaires allemands qui montent en renfort, passant rue Roullois et rue Ambroise de Loré. Et puis à Mayenne il y a aussi la voie ferrée qui va vers Caen, même si son trafic est quasiment nul vu l’état de la voie régulièrement touchée. Mayenne « arrière-front de Normandie » est au centre des deux stratégies :
. Celle des allemands qui veulent rejeter les alliés à la mer,
. Celle des alliés qui comptent sur l’aviation pour réussir à arrêter ou au moins freiner l’arrivée des renforts.

Crainte qui pousse à anticiper le départ en vacances des élèves qui viennent pour certains de passer le certificat d’études. Crainte qui pousse les médecins de l’hôpital a laissé partir chez eux, un certain nombre de malades.

Mais pas de tension particulière ce 8 juin, même si les allemands ont quitté la ville !

Cette nuit-là, nuit du 8 au 9 juin, il fait chaud, les fenêtres sont ouvertes : on entend au loin les bombardements sur Fougères. Vers 1h50, fusées éclairantes d’abord, puis bombardement intense pendant 12 minutes par deux vagues de bombardiers anglo-américains qui traversent la ville suivant un axe Nord-sud. Seront dénombrés, 1200 impacts.

Mayenne brûle, le quartier de la gare, la rue de la Madeleine, l’hôpital, mais aussi le quartier Notre Dame et sa basilique, l’usine à gaz près de la Providence. La pluie qui se met à tomber abondamment vers 3h ne suffit pas à éteindre les incendies et ne peut rien contre les bombes à retardement.

Pendant l’attaque, on se réfugie où l’on peut, dans sa cour, dans une tranchée au fond du jardin, dans sa cave. On récite seul ou en famille, son acte de contrition et on invoque N.D des Miracles et de Pontmain

On dénombre 350 morts dont 110 à l’hôpital. Des morts pas toujours identifiés. Des fosses communes seront creusées à la hâte au cimetière de Mayenne et c’est le Père Massiot qui accompagne ces lugubres convois.

250 blessés, 373 immeubles détruits, des centaines plus ou moins endommagés et 2500 sinistrés. Quel désastre. Merci aux photographes, Merci à monsieur Henri Hubert d’Aron, qui ont fait œuvre d’historiens et de passeurs de Mémoire.

Des solidarités se font jour :
Pompiers, bien sûr, mais aussi scouts, bénévoles qui réussissent à sauver des vies des gravats. Les moyens sont dérisoires.
Des fermes des alentours vont accueillir les réfugiés. On craint d’autres attaques, on craint la nuit.  Six autres bombardements auront lieu sur Mayenne et en particulier sur le viaduc de Brives le 31 juillet 1944.

Mayenne n’est pas la seule à pleurer.
Ayons une pensée pour les autres victimes dans notre doyenné, comme celles d’Ambrières.
Ambrières a aussi une gare et un pont. Le 14 juin vers 19h, 18 bombardiers larguent 360 bombes détruisant 97 immeubles mais pas le pont sur la Varenne. 19 morts dans la population civile et 200 sinistrés.

En cette journée d’élections européennes pensons à toutes les victimes mais saluons aussi les survivants qui ont vécu cela comme une épreuve, la dernière avant la libération, libération symbolisée davantage par le sacrifice du soldat Mac Racken qui laisse sa vie sur le pont de la Caisse d’épargne.

Ce sont de ces survivants qui vont alors promouvoir la réconciliation franco-allemande avec un jumelage avec Waiblingen, dès 1962 sous le mandat de Lucien de Montigny, jumelage fêté cette année à Waiblingen du 14 au 17 juin 2024. Ils sont aussi de ceux qui ont promu la construction européenne symbolisée par douze étoiles sur fond bleu, symboles que les chrétiens partagent dans le culte à Marie.

Au cours de cette cérémonie, prions et soyons tous ensemble des artisans de paix.

Pierre Douillet

 

Notre Dame de Mayenne et le Bombardement de 1944

Imaginez Notre-Dame avant-guerre,  une église qui s’est enrichie au cours de ses 8 siècles d’histoire, de mobilier, tableaux, statues, peintures murales dans le chœur, vitraux notamment trois verrières représentant le prophète Jérémie, le roi Salomon et le Couronnement de la Vierge, œuvres dues à Simon et David de Heemsce, peintres verriers établis à Moulay de 1543 à 1567.  N’oublions pas, depuis 1897, la présence de la statue de Notre Dame des miracles.

Imaginez Notre-Dame au matin du 9 juin 1944, avec son chœur endommagé, ses vitraux soufflés, le mobilier, la chaire et l’orgue détruits, un mur éventré, la statue de Notre-Dame des Miracles disparue.
Elle fut retrouvée dans les gravats par l’évêque de Laval, monseigneur Richaud, venu, le lendemain, constater l’étendue des dégâts. Ajoutons à cet état, une voûte qui s’effondre dans la nuit du 10 au 11 décembre. On voyait le ciel de l’intérieur de l’église me dit-on.

Quelle politique à Mayenne après le bombardement ?  Restaurer ou reconstruire autrement ? Laisser ou non des ruines, sorte de traces mémorielles ? Le choix : effacer au plus vite
La priorité est donnée aux logements, puis ce seront les bâtiments publics : l’hôpital reconstruit est inauguré en 1958.

Les travaux de restauration de Notre Dame débutent sérieusement en août 1950 et en particulier par la mise en place d’un nouveau cadran pour l’horloge.

L’inauguration de Notre-Dame restaurée a lieu le 26 mai 1957 avec Monseigneur Rousseau. Monseigneur Richaud est revenu pour l’occasion. Beaucoup de monde, beaucoup de prêtres. Les enfants de chœur à l’arrière, ne voyaient pas grand-chose mais se souviennent du récit de Mg Richaud retrouvant Notre Dame des Miracles intacte dans les décombres.

Les chaises ont été remplacées par des bancs, un mobilier désormais modeste et sobre a pris place dans l’église, des vitraux de Maurice Rocher, un évronnais, ont été posés de 1953 à 1962.

Alors où se déroulait le culte de 1944 à 1957, au temps de l’archiprêtre Rivière qui a succédé à l’archiprêtre Hupin à la tête de la paroisse ?
. Dans la Chapelle du Petit Séminaire 1880-1905 (disparue aujourd’hui et se trouvant près des Calvairiennes), entrepôt municipal, devenu une infirmerie allemande pendant la guerre, une morgue après les bombardements,
. A La crypte sous le chœur.
Cérémonies plus importantes dans la chapelle du Petit séminaire, messe de semaine, cérémonies plus familiales à la crypte

Il avait aussi l’église St Martin pour la Confirmation par exemple mais cette église avait elle aussi été endommagée lors des bombardements de 1944 : une des chapelles, celle des Âmes du purgatoire, totalement détruite et les vitraux soufflés… mais ce n’est pas leur église paroissiale.

Aujourd’hui, Notre Dame a retrouvé sa grandeur au service d’une paroisse agrandie

Hommage ce matin à tous les reconstructeurs, aux prêtres qui ont su redonner vie et âme à cette église, œuvre qui se poursuit : fresque du Père Machard en 2000 pour le centenaire du titre de basilique, statue Notre-Dame des Miracles du sculpteur Alain Legros avec le père Roblin en 2004, Chemin de Croix avec le père Perdrix…

Merci à tous et invitation à découvrir l’exposition qui se tient Place du 9 juin actuellement.

Pierre Douillet.