Dans les paraboles, Frères et Sœurs, Jésus applique une certaine pédagogie qu’il nous faut saisir. Ainsi ce 25ème dimanche du temps ordinaire présente un patron au comportement apparemment irresponsable et injuste, qui traite les ouvriers de la même manière peu importe leur rendement au travail. La clé de compréhension de cette logique de Jésus, c’est ce que Dieu dit par le prophète Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos chemins ne sont pas mes chemins ». 1ère lecture. On peut ajouter : Ma justice n’est pas votre justice !
En entendant cette parabole, nos pensées se tournent spontanément vers l’aspect économique et matériel, vers le principe Travail = Salaire. Un tel patron peut conduire son entreprise en faillite, un patron injuste incapable de rendre à chacun son dû. Il y aura toujours quelqu’un pour dire : « Il n’est pas normal que les ouvriers de la 11ème heure soient payés comme ceux de la première ». Mais Jésus n’est pas un économiste, ni un gestionnaire d’entreprises. La pointe de la parabole est de nous révéler la nature miséricordieuse de Dieu et ainsi de nous faire découvrir la logique de Dieu.
L’évangéliste selon saint Matthieu nous dit, à propos du maître de la vigne, qu’il sort cinq fois pour aller à la recherche de ceux que personne n’a embauchés. Merveilleuse image de Dieu ! Dieu est toujours à la recherche de l’homme. Si chaque être humain pouvait trouver sur sa route quelqu’un qui croit en lui, cela changerait le monde. Quelqu’un qui le croit capable de réaliser quelque chose de bien… beaucoup de jeunes souffrent confusément de n’avoir pas fait l’expérience … que la vie vaut la peine d’être vécue. L’ouvrier… même celui de la dernière heure… se découvre aimé. Et celui de la première heure est invité à se réjouir de la largesse du maître.
Dieu offre donc à l’homme la possibilité de donner le meilleur de lui-même. Dieu croit profondément que, chacun et chacune, nous sommes capables de réaliser quelque chose pour bâtir son royaume d’amour et de justice. Le maître de la vigne prend l’initiative de sortir plusieurs fois pour que les hommes se rendent vraiment compte qu’ils sont aimés et appelés. Sommes-nous suffisamment Sacrement, Signe du Christ qui embauche parce qu’il croit en l’homme ? Notre communauté l’est-elle ?
A travers cette parabole des ouvriers de la 11ème heure, Jésus nous révèle le comportement d’un Dieu Père, d’un Dieu qui aime tous les hommes, d’un Dieu qui veut les introduire dans sa vigne, dans son Alliance, dans son peuple, c’est-à-dire dans son intimité, pour les faire participer à sa vie, qui est la vie trinitaire. d’un Dieu qui invite à toute heure, sans se lasser. Peut-être avons-nous déjà refusé dans le passé, mais ce qui compte pour nous, pour Lui, c’est – dans l’instant présent- d’y accueillir son appel et d’y répondre. Un Dieu dont la bonté n’est pas limitée par nos mérites ou nos non-mérites. Que nous ayons travaillé beaucoup ou peu, que nous ayons longuement peiné ou non, Dieu donne ; il donne librement, il donne gratuitement. Il ne donne pas quelque chose, il se donne Lui-même, il se communique à nous.
La visite du pape Léon XIV en France vient nous rappeler, à nous tous ensemble, ce que l’Évangile ne cesse de nous dire depuis des siècles : Dieu continue de passer près de nous et d’appeler chacun et chacune. Au fond, se préparer à sa visite , c’est prendre au sérieux la possibilité que Dieu veuille vraiment toucher notre vie. Préparer son cœur comme on prépare une maison quand quelqu’un d’important vient : en faisant de la place, en rangeant, en laissant entrer la lumière.
Et cela signifie aussi redécouvrir quelque chose que nous oublions parfois : que la foi ne se vit jamais seul. Le Christ nous appelle personnellement, certes, mais au sein d’une famille, de sa famille, l’Église. C’est pourquoi, ces moments où des milliers de personnes prient ensemble, chantent ensemble et attendent ensemble, ont tant de force. Cela nous rappelle une fois encore que nous ne suivons pas Jésus en solitaire, qu’il nous rassemble ; que cette foule n’est pas seulement quelque chose d’extérieur, mais une expression visible de la communion à laquelle nous sommes tous appelés. C’est peut-être pour cela que de tels moments sont un peu un avant goût du ciel !
Nous pouvons, Frères et Sœurs, rendre grâce à Dieu pour le don de sa Parole. Sa Parole qui nous invite à accueillir le don qu’il veut nous faire de Lui-même. Sa parole qui nous invite à réviser nos comportements et à laisser sa bonté venir purifier notre œil mauvais pour qu’en accueillant le don de son Esprit Saint, reçu à notre baptême et à la Confirmation, ce don qui nous est renouvelé lors de chaque eucharistie, que nous puissions aimer de « la mesure de l’amour qui est d’aimer sans mesure » ( selon saint Augustin) pour que notre regard se purifie, pour que notre cœur s’élargisse aux dimensions du cœur de Dieu. AMEN.
Père Jean-Claude DUCLOS
