Drôle d’idée que de se comparer à une porte ! Une porte, lorsqu’elle est fermée
peut évoquer une frontière, une séparation, un élément de sécurité, voire d’intimité ;
le berger connaît ses brebis et les appelle par leur nom, ce dont le voleur est bien sûr
incapable. Mais lorsqu’elle est ouverte, et elle est aussi faite pour ça, la porte évoque
alors, plutôt, un passage, un accès…
 
Cette porte est à la fois la porte par laquelle entre le berger, mais elle est aussi
la porte de la vie, car c’est par cette porte unique que sortent les brebis pour aller vers
les pâturages. Dans l’évangile de Jésus-Christ selon saint Jean, Jésus se définit lui-
même comme étant cette porte : « Moi, je suis la porte des brebis. Si quelqu’un entre
en passant par moi, il sera sauvé ».
 
Jésus s’adresse aux pharisiens, à propos de leur attitude envers l’aveugle-né
qu’il vient de guérir, et qu’ils ont rejeté ; à cette occasion, Jésus définit l’attitude de
quiconque est appelé à exercer une mission pastorale aujourd’hui comme il y a deux
mille ans. Il est la porte par laquelle doivent passer les pasteurs pour rejoindre les
brebis qui leur sont confiées et dont ils ont à prendre soin au nom de l’unique pasteur
qui est Jésus.
 
Que signifie donc pour eux « passer par Jésus qui est la porte ? » Saint
Pierre, lui, dans le passage de sa première lettre que nous venons d’entendre en
deuxième lecture, nous renvoie de façon radicale à la grande figure du Serviteur
souffrant : « Le Christ, lui aussi, a souffert pour vous et vous a laissé un modèle afin
que vous suiviez ses traces… dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la
croix afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice, c’est par
ses blessures que vous avez été guéris ».
 
Le premier à avoir trouvé cette porte de la bergerie de Dieu et à l’avoir
traversée, c’est Jésus lui-même. Cette porte était fermée et il fallait que quelqu’un
l’ouvre, au besoin en la forçant un peu, depuis le Temps lointain où des anges
faisaient la garde devant les portes du paradis désormais interdites.
Porte fermée, mais porte étroite aussi, difficile même, laborieuse et
douloureuse ; porte basse aussi qu’on ne peut franchir qu’en s’abaissant, en s’humiliant
jusqu’à la mort et la mort sur une croix. Jésus fut le premier à découvrir cette porte et
à la forcer pour rouvrir le chemin. Seul Jésus, en entrant lui-même de la part de Dieu,
pouvait faire sauter les verrous et entrer victorieusement dans la bergerie de Dieu.
 
« Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais
les brebis ne les ont pas écoutés ». De qui Jésus parle-t-il ? La question est
importante, car elle ne concerne pas seulement les pharisiens qui étaient visés
initialement, mais bien tous ceux qui, dans l’Église, aujourd’hui comme hier, sont
investis d’une responsabilité pastorale. Toute forme de récupération, tout abus
d’autorité, toute recherche de pouvoir personnel font, de celui qui s’en rend coupable,
dans la mesure où c’est conscient et volontaire, bien sûr, un voleur et un bandit.
 
  • On peut s’étonner de la violence des termes employés par Jésus, mais si l’on
    songe à la gravité des conséquences de telles attitudes pour des personnes innocentes
    qui en font les frais, on comprend que son amour des petits, des faibles, proies faciles
    pour tous ceux qui, hors de l’Église et dans l’Église, ne demandent qu’à profiter de
    leur fragilité.
     
    Jésus s’identifie donc à cette porte qui nous donne accès au salut, à la vie en
    abondance. En regardant notre vie et notre société, nous pouvons nous rendre compte
    de toutes les portes possibles qui s’offrent à nous : porte de la facilité, du mensonge,
    de la vengeance, du mal, etc … Pour nous aussi, cette porte est étroite et basse. Elle
    nous rabote de tous côtés, elle nous écorche parfois à vif. Elle filtre soigneusement
    tout ce qui ne ressemble pas vraiment à Jésus, ce qui est en trop, ce qui masque ou
    déforme son image que nous sommes. Il nous faut devenir sa figure ici-bas, être
    reconnaissable par les autres comme des disciples de Jésus.
     
    Ce quatrième dimanche de Pâques est devenu, par le pape Paul VI depuis
    1963, la journée mondiale de prière pour les vocations. Nous pensons aux évêques,
    aux prêtres et aux diacres, aux religieux et religieuses… Oui, bien sûr. Mais la
    vocation, ce n’est pas seulement l’affaire de quelques-uns. L’appel du Seigneur est
    pour tous. Il compte sur chacun et chacune de nous pour être les témoins et les
    messagers de son amour pour le monde d’aujourd’hui. Il ne nous envoie pas seuls,
    mais les uns avec les autres et surtout avec Lui. Depuis le baptême, c’est en Eglise
    que nous participons à sa mission !
     
    En célébrant l’Eucharistie du Bon Pasteur, nous rendons grâce au Seigneur
    pour les prêtres qu’il donne à son Église et nous le prions pour qu’il soutienne les
    jeunes qui se posent la question. AMEN
     
    Père Jean-Claude DUCLOS