Seul ce qui a été prononcé faisant foi

 

Et toi, te laisseras-tu laver les pieds ?

Ce soir, avec Jésus, nous entrons dans son Heure et dans la nôtre. Cette Heure va nous conduire au jardin des Oliviers jusqu’au tombeau en passant par l’humiliation du prétoire, avant de rayonner de la joie de Pâques. Pourtant, dès ce soir, tout commence à s’accomplir. Jésus entre avec nous dans Heure par un repas. Un repas bien différent des autres repas et des autres pâques célébrées auparavant. Au cours de ce repas, Jésus va réaliser l’impensable. Lui, « le Seigneur et le Maître » va se mettre à laver les pieds de ses disciples. Geste profondément gênant tant il est encore difficile de trouver des personnes pour le vivre aujourd’hui encore. Un geste fondamental pourtant, qui exprime la tendresse de Dieu et son projet pour les hommes. Pourquoi faisons-nous ce geste aujourd’hui ? Que voulait donc exprimer Jésus à travers le lavement des pieds ?

« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? […] Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! ». Légitiment, nous pourrions avoir la même réaction que Simon-Pierre. « Le Seigneur et le Maître » ne peut pas accomplir une tâche dévolue à un esclave, pas plus qu’il ne doit se préoccuper de moi. Cette réaction, pourtant, révèle l’idée que Simon-Pierre s’est faite du Messie : un Sauveur qui juge les actions et rétablit son autorité sur le territoire et le Peuple de Dieu. En lavant les pieds de ses disciples, Jésus prend volontaire la position de l’esclave et s’abaisse devant chacun d’eux, y compris Judas. Par ce geste, Jésus suggère que l’idée que l’on se fait de Dieu importe moins que ce qu’il réalise pour nous. Il manifeste également que Dieu nous sauve personnellement, dans notre âme et notre corps ; il ne sauve pas une idée de l’homme. En lavant les pieds, Jésus révèle la dignité de Celui devant qui il s’est abaissé. Il suggère qu’il nous rejoint dans notre esclave, celui du péché, tout en cherchant à nous élever jusqu’à la gloire du Ciel. Autrement dit, en s’abaissant devant nous, Jésus manifeste notre condition d’esclave – celui du péché – et son désir de nous élever jusqu’à sa condition divine. Il veut nous faire quitter la prison du Mal pour entrer dans la vie éternelle et bienheureuse. Et ce salut, il l’accomplit à la mesure de ce que nous nous laissons toucher par Lui, dans notre cœur et dans notre corps.

En s’abaissant devant chacun de nous, Jésus désire nous sauver personnellement ; nous sauver dans toutes les dimensions de notre vie. Se faire laver les pieds, c’est coopérer au salut de Dieu dans ma vie. Les laver à notre prochain devient un acte d’imitation du Christ, par amour de Dieu pour le salut des hommes. En ce sens, le lavement des pieds devient un geste honorifique et un chemin de salut. Il est honorifique par l’attention que le Seigneur t’accorde. Il est un chemin de salut car les pieds son comme les racines de notre corps qui nous permettent de tenir debout. En les soignant, Jésus montre que le salut va jusqu’aux racines de notre vie, ou, autrement dit, jusqu’au plus profond de notre cœur. En ce sens, accepté d’avoir les pieds lavé par le Christ, c’est faire la paix avec son histoire et donc, entrer dès à présent dans la joie du Ciel.

Ainsi, chers amis, chers frères et sœurs dans le Christ, entrons dans ce Triduum avec ferveur. Vivons ces trois saints en regardant le Christ agir dans notre vie. Vivons-les avec le désir d’être avec lui dans ce passage vers la vie éternelle. Cultivons en nous ce désir que le Christ, par les mains du prêtre, nous lave les pieds. Laissons-Le rejoindre notre vie, quel que soit nos prisons, nos peurs, nos a priori, nos désespérances. Il nous suffit seulement de croire que nous sommes dignes du Ciel dans le regard de Dieu. Rendons grâce aussi pour le don particulier que le Seigneur à fait à son Eglise : il institua le sacerdoce par qui, nous sommes rendus présent à son unique sacrifice. C’est pourquoi, ces trois jours saints ne sont pas un symbole : nous les vivons avec Jésus, véritablement. Y renoncer reviendrait à abandonner, comme bien des hommes, de suivre le Christ. Ce serait refuser que le salut de Dieu dans ma vie.

Chers enfants, chers amis, dans quelques instants, à la suite du Christ et agissant par Lui, je vais laver les pieds de plusieurs fidèles. Cela nous donne à contempler que Jésus viens laver les pieds de son Eglise, qu’il désire nous laver les pieds.

Et toi, te laisseras-tu laver les pieds ?