Lorsque nous fêtons, chaque année, à la date du 9 novembre, l’anniversaire de la dédicace de la basilique du Latran : basilique-cathédrale de Rome, cathédrale du Pape, et donc l’Église-mère de toutes les églises du monde, comme le rappelle l’inscription sur le fronton de façade : « Mère et tête de toutes les églises », nous soulignons par le fait même, le primat de l’évêque de Rome sur toutes les cathédrales et les églises du monde. Et comme l’expriment bien les textes liturgiques de cette fête, l’important est non pas l’église matérielle ou bâtiment de pierre, mais « l’Église communauté et l’Église mystère ».

               L’église matérielle est le lieu où se réunit « l’Église-communauté » pour participer au mystère de l’Église comme « Corps mystique du Christ ». L’Évangile que nous venons d’entendre, nous rappelle en effet, que ce qui est primordial pour Jésus, ce n’est pas l’extérieur, c’est l’amour de Dieu. Le culte que Jésus désire d’abord, ce n’est ni un édifice, ni un rituel, c’est « un cœur filial, un cœur qui brûle du feu de la charité et de la vérité ». Car si l’Église existe, c’est comme signe de l’Alliance entre Dieu et les hommes, c’est-à-dire un lieu où Dieu consent à établir sa présence.

               Le prophète Ézéchiel nous parle du Temple de Dieu d’où sort une eau qui donne la vie aux poissons, aux animaux, aux arbres fruitiers et à ceux qui se nourrissent de leurs fruits et ils y trouveront le remède pour leurs maladies. Cette eau annonce celle du baptême. Le salut est présenté par saint Paul comme l’édification d’une maison pour y vivre dans la communion et la fraternité !

               Dans l’évangile des vendeurs chassés du Temple : « L’heure vient où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Désormais le lieu où Dieu se donne à rencontrer n’est plus le temple des sacrifices, mais le « corps du Christ luimême », par lequel il s’est fait l’un de nous, prenant notre condition humaine jusque dans ses dimensions les plus tragiques.

               Il va sans dire que c’est le Christ Lui-même qui répond le mieux à cette notion d’Église : « Détruisez ce Temple, et en trois jours, je le relèverai ». Jésus nous affirme qu’il est le véritable lieu de la rencontre entre l’homme et Dieu, le véritable lieu de la présence de Dieu. Et puisque par le baptême, nous sommes devenus participants de la nature divine, nous sommes, nous aussi, de véritables lieux sacrés, lieux de la présence de Dieu.

               Nous sommes donc, frères et sœurs, « les pierres vivantes » de ce nouveau Temple dont la construction est cimentée par la Parole de Dieu reçue, méditée, partagée et nourrie par les Sacrements de l’Église. Le Temple de Dieu, c’est aussi « nous ensemble », où chacun a sa place, où chacun s’appuie sur les autres, où  chacun porte les autres, où « ensemble » nous laissons passer quelque chose de la gloire de Dieu. Quelle extraordinaire vocation que la nôtre !

              L’homme est capable de beaucoup d’exploits : en science, en technique et dans tant de domaines, du plus gigantesque au plus minuscule ! Mais il ne peut pas créer la vie : il peut l’accueillir et la donner ou la détruire. Nous pensons à toutes les victimes des guerres d’hier et d’aujourd’hui encore. L’homme ne peut pas créer l’intelligence, il peut l’exercer admirablement ou mal ; il ne peut surtout pas mettre la charité dans l’homme, l’amour dans une âme : seul l’Esprit du Père et du Fils qui n’attend que le désir de chacun de nous pour se répandre à profusion dans nos cœurs. Dieu ne désire que la Paix ! Et ceux qui y travaillent sont ses fils.

              Nous avons perpétuellement besoin d’être purifiés et fortifiés intérieurement pour accueillir la croix plantée au cœur de notre vie, pour vivre une communion de disciples, fils du même Père, et pour témoigner à temps et à contretemps que l’Évangile est une Bonne Nouvelle pour nous aujourd’hui.

              La mission de l’Église, notre mission de baptisés, c’est donc de travailler à l’infini respect de Dieu et de l’homme, malgré toutes les difficultés et tous les abus dans tant de domaines : la possession scandaleuse de biens, le pouvoir abusif, le manque de respect des cœurs et des corps. Car chaque fois que nous ne respectons ni Dieu ni l’homme, nous devenons des « marchands du temple ». Alors que saint Paul nous le rappelle admirablement aujourd’hui : « Vous êtes la maison que Dieu construit… les fondations, c’est le Christ ». Et de conclure : « Le Temple de Dieu est sacré, et ce Temple, c’est vous ! ». AMEN.

Père Jean-Claude DUCLOS