« L’eau c’est la vie ! ». C’est une expression qui nous est familière et qui évoque l’importance de cette boisson pour les vivants. Dans la première lecture et dans l’Evangile selon saint Jean, il est question de l’eau.
La première lecture met notre foi à l’épreuve du doute. Le souci d’avoir de l’eau est une demande légitime, mais ce légitime besoin se transforme dans le Livre de l’Exode en soupçon contre Dieu ; « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Egypte ? Etait-ce pour nous faire mourir de soif avec nos fils et nos troupeaux ? ». Ces paroles sont des récriminations contre Dieu : « Dieu est-il vraiment au milieu de nous ? ». Ce doute va être levé suite à la soif étanchée par l’eau sortant du rocher.
Quand Israël évoque cet épisode dans le psaume 94, elle veut rappeler par expérience, que nous ne devons jamais mettre en doute la présence de Dieu dans notre vie quelles que soient les difficultés. Dieu est notre « Rocher » sur qui nous devons sans cesse nous appuyer. La foi, c’est justement lui faire confiance en l’écoutant comme la Samaritaine de l’Évangile.
Nous avons tous soif d’eau, mais en chacun de nous, il y a une soif plus profonde encore, c’est celle de notre âme, celle qui fait périr le cœur lentement si nous ne rencontrons pas un autre cœur qui nous aime et nous aide à nous réaliser. C’est la soif du bonheur qui est en nous. C’est la soif de Dieu à laquelle répondent les catéchumènes que nous accompagnons particulièrement ces semaines de carême. Ces catéchumènes, (et nous aussi d’ailleurs) ont soif de Dieu. Mais nous oublions parfois que c’est d’abord Dieu qui a soif de nous et qui nous cherche sans se lasser.
Dans cet évangile, Dieu se révèle comme ayant soif de chacun de nous. Fatigué, Jésus se rend au puits de Jacob, à Sykar, à l’heure la plus chaude de la journée, dans cette région de Samarie où il n’était pas le bienvenu. Jésus a soif d’eau, mais plus encore de la foi de cette femme qui vient puiser l’eau à une heure impropable, parce qu’elle a peur de croiser d’autres villageoises avec leurs regards furieux et curieux, leur doigt pointé sur elle, leurs commérages qui la crucifient. Elle est condamnée à ne rester qu’une femme facile comme en témoigne le nombre de ses ex-maris. Elle a honte de sa vie, mais Dieu a soif d’elle. Il la cherche depuis longtemps parce qu’il veut toucher son cœur.
Cette Samaritaine, comme nous aussi parfois, fuit sans cesse la main de Dieu qui vient à sa rencontre. Très souvent, nous nous abreuvons d’eau salée qui n’étanche pas notre soif. A travers la Samaritaine, le Seigneur vient reconquérir le cœur blessé et fermé de ceux qui sont assoiffés d’amour vrai. Jésus insiste avec délicatesse en proposant un dialogue, une méthode qui est un vrai chef d’œuvre de pédagogie catéchuménale.
Progressivement, petit à petit, Jésus touche le cœur de cette femme grâce à leur dialogue qui finit par lui redonner de la joie, du goût à la vie. Il l’amène, petit à petit, à prendre conscience du fait qu’elle a toujours cherché, par le passé, à assouvir sa soif de bonheur et d’amour par de l’eau salée : celle d’une affectivité possessive et illusoire. L’amenant à parler de sa foi, de sa relation avec Dieu qui étanche toutes nos soifs, Jésus la rassure et se révèle progressivement à elle. « Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer ». La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est Lui qui nous fera connaître toutes choses » . Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle. L’entretien cœur à cœur atteint ici son point culminant : la quête de Jésus rencontre pleinement celle de la Samaritaine, qui devient une disciple-missionnaire. Elle repart au village et elle veut partager sa découverte et sa joie.
Que pouvons-nous retenir ? « Donne-moi à boire. ». Habituellement, c’est Jésus qui donne, mais cette fois-ci, il demande de l’eau. La suite du récit montre cependant que s’il demande, c’est pour donner davantage. Ainsi se comporte Dieu : il demande pour donner avec surabondance à ceux qui savent s’ouvrir à sa grâce.
La Samaritaine avait soif : soif d’un amour qui se soldait chaque fois par des déceptions. Comme elle, toute personne éprouve une soif qu’elle n’arrive pas à assouvir pleinement : soif de bonheur, de plénitude, d’harmonie, de réussite. Quelle que soit l’abondance de nos biens, nous avons toujours soif : seul Dieu est en mesure de nous apaiser, de nous combler. « Tu nous a faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi ».
L’eau vive annoncée par Jésus, le don de Dieu promis à la Samaritaine, c’est l’Esprit Saint que le Christ a répandu sur son Eglise au jour de la Pentecôte. C’est cet Esprit qui rend féconde notre vie de chrétien. Voilà pourquoi l’Église nous propose cet évangile durant le Carême pour nous préparer à la fête de Pâques.
Par cette Eucharistie qui nous renouvelle sans cesse, Seigneur, transforme-nous par l’eau vive de l’Esprit Saint, à l’exemple de la Samaritaine, et donne-nous d’être, comme elle, les messagers de ton amour. AMEN.
Père Jean-Claude DUCLOS
