Simon, fils de Jean, m’aimes-tu?  –  Je t’aime.  –  Sois le pasteur de mes brebis. Et cela une fois, deux fois, trois fois. Pierre n’essaye que de dire son amour au Christ ressuscité. Mais remémorons nous les réponses du même apôtre après l’arrestation de Jésus : « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » Il répondit : « Non, je ne le suis pas ! » Et cela une fois, deux fois, trois fois. Pierre ne dit ici rien que sa faiblesse et sa lâcheté.

            Saint Pierre est à peu de choses près exactement comme nous tous : nous sommes de bonne volonté, mais également souvent un peu maladroit. Dans notre prière, nous pouvons dire bien facilement à Notre Seigneur que nous l’aimons, de manière parfois un peu légère, pour nous donner bonne conscience, sans vraiment peser le poids des mots que nous prononçons. Dire « Jésus, je t’aime, j’ai confiance en toi » eh bien chers frères et sœurs, c’est tout un chemin de conversion. En effet, nous avons sans cesse de la difficulté à aimer. Ce matin, je voudrais donc vous parler un peu d’amour. Que peut bien signifier « aimer » ? Et qu’est-ce que Dieu a à voir la dedans ?

            Tout d’abord, si nous pensons l’amour comme une activité, une sorte de lampe que l’on choisit d’allumer ou non en fonction de la situation ou de la personne que nous avons en face de nous, eh bien nous faisons fausse route. L’amour serait alors une faculté dont nous usons en fonction de nos désirs. Il n’en est rien, l’amour n’est pas un acte de notre volonté propre : il n’est pas possible de décider quand j’aime et quand je n’aime pas. L’amour ne peut être à géométrie variable, n’arrivant que lorsque j’en ai envie. En effet, l’apparition du Christ ressuscité vient nous éclairer sur le sens de l’amour. Nous avons de la chance car la Résurrection du Seigneur est la révélation de la vérité de l’amour. Sans cette révélation, nous continuerons à penser que l’amour est une capacité que l’on possède. Sans cette révélation, nous continuerons à faire comme Saint Pierre après l’arrestation de Jésus : nous n’y parviendrons pas et nous renierons inlassablement.

            En effet, l’amour ne se possède pas, c’est même plutôt l’inverse de la possession, l’amour c’est la dépossession. Le Christ se dépossède de sa propre vie sur la Croix pour nous offrir la vie éternelle par sa Résurrection. Aimer consiste à y laisser sa vie. A ne pas la garder pour soi. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, nous enseigne et nous montre Jésus-Christ. Aimer, c’est se séparer de soi-même, de son propre orgueil. Aimer c’est tout offrir, ne rien garder pour soi. M’aimes-tu ? Voilà une belle synthèse de la vie chrétienne, tout est dans la réponse que nous donnerons. M’aimes-tu ? Chers frères et sœurs, parviendrons-nous à répondre à cette question sans faillir ? De notre plein gré, cela est impossible. La volonté humaine est bien trop faible et flageolante. Pour réussir cette épreuve, nous avons besoin de la présence du Christ ressuscité à nos côtés, nous avons besoin d’être comme Saint Pierre au bord du Lac avec Notre Seigneur auprès de lui. Avec la grâce que nous aurons alors accueillie, nous pourrons lâcher prise et plonger dans l’amour comme St Pierre au sauté de la barque. Dans ce temps pascal, c’est ce que nous offre le Bon Dieu : nous sommes invités à vivre de la joie de la Résurrection pour nous laisser pétrir par cette libération du mal et de la mort.

            A cette seule condition de l’amour vrai, nous pourrons entendre le Christ nous appeler tout comme il l’a fait pour l’apôtre Pierre à la fin de l’évangile de ce jour. Nous aussi entendrons le même appel : Suis-moi. Le Christ nous attend à sa suite pour vivre sa vie d’amour. Cela dans l’ambiance morose de ces jours, dans un monde qui, il faut bien le reconnaître, n’a absolument pas envie d’entendre parler du Christ – tout le monde parle de l’élection du Pape, mais personne ne parle de Jésus Christ. Le monde n’a que faire du Sauveur et préfère faire des pronostics sur ce qu’il ne maîtrise pas et ne connaît pas. Notre rôle de croyant à la suite du Seigneur devient donc déterminant. Mais par où commencer me direz-vous ? Notre monde n’a pas soif du Christ, ou plutôt, il ne le sait pas. Par contre, de manière immédiate, il a soif de sourire, il a soif de bonne humeur, il a soif d’amour tout simplement. Le monde, qui ne sait pas qu’il a soif de Jésus-Christ, a en fait soif de l’amour que Notre Seigneur place en nous. Alors soyons joyeux d’aimer chers frères et sœurs ! Soyons joyeux d’apporter la joie du Christ au monde.

            Que cette eucharistie nous apporte le réconfort dans nos difficultés à aimer et la joie dans cet abandon. Ainsi, nous serons, tels les Apôtres, sur le bord du Lac, pour répondre à l’amour du Christ par notre propre amour. Amen.

Abbé Vincent de Rochambeau