La parabole de l’Évangile de ce 22ème dimanche du temps ordinaire peut sonner comme une stratégie de vie en public ou, pour le moins, comme un ensemble de règles de bienséance : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place… » ; « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères… ». L’enseignement de Jésus vise-t-il seulement à nous éviter le ridicule public ?

               Comprendre ainsi cette parabole, c’est ne pas saisir le message essentiel de ce dimanche. En effet, la clef de lecture de ces textes nous est donnée dans le verset de l’acclamation qui précède la proclamation de l’Évangile « devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur ». Devenir disciple de Jésus, ne consiste pas seulement à écouter sa parole ; être chrétien, c’est devenir un autre Christ !

               Et le mystère essentiel de Jésus, c’est son incarnation et sa venue au monde pour partager notre condition humaine. Saint Paul, dans sa lettre aux Pilippiens qui n’est pas lue ce dimanche, nous dit que Jésus « ayant la condition de Dieu… il s’est anéanti prenant la condition de serviteur… il s’est abaissé… jusqu’à mourir et mourir sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ». Nous le voyons bien : l’humilité est essentielle dans la mission de salut du Christ pour le monde. L’humilité est le chemin par lequel le Christ nous élève vers Dieu et l’humilité est la porte du paradis.

               Si l’humilité est la porte du paradis, c’est parce qu’elle nous fait reconnaître Dieu comme Créateur et comme Père ; elle nous donne de reconnaître notre nature de créature, qui reçoit tout de Dieu. L’humilité est le signe que nous n’attendons pas notre reconnaissance ou notre élévation de la part des hommes, mais de Dieu seul qui nous reconnaît comme ses créatures, et qui nous élève au rang de fils et de filles dans le Fils unique. C’est pourquoi la parabole se conclut en ces termes « quiconque s’élève sera abaissé et quiconque s’abaisse sera élevé ».

               Autrement dit, la vraie élévation n’est pas celle qui vient de nos propres efforts ou des regards des autres sur nous. On ne se sauve pas soi-même, c’est Dieu qui nous sauve. Comme la Vierge Marie le chante dans son Magnificat : « Dieu renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles ». La vraie élévation nous vient de Dieu qui, seul, peut donner sens à nos vies et à notre travail. C’est cela que la première lecture de Ben Sira le Sage nous enseigne justement « plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur ».

               La dernière place ? Ce n’est pas une place où l’on cesse d’être soi-même, mais où l’on est humblement soi-même devant Dieu. Ce n’est pas une place où l’on se déprécie, mais où l’on apprécie toutes choses selon Dieu. A la dernière place, ce n’est pas au-dessous de tout, mais au service de tous !  On peut avoir de grandes responsablités, beaucoup de relations, un travail aux avant postes, et en même temps choisir la dernière place, quand on accepte de travailler au poste que d’autres fuient, quand on continue à servir malgré les malveillances ou les incompréhensions. On choisit la dernière place lorsque l’on choisit de ne pas se positionner par rapport aux autres comme celui qui a droit à des égards spéciaux, à une confiance particulière.

               Dans la même ligne d’idées, la générosité, sans calcul, à laquelle nous invite la deuxième partie de l’Evangile de ce jour, lorsque Jésus s’adresse à son hôte, est une manière de nous rappeler que notre récompense et notre reconnaissance viennent de Dieu seul. Ainsi, quand on est généreux envers celui qui ne peut rendre la pareille, on reconnaît que le sens ultime de sa vie se trouve dans le ciel où nous seront rendus tous les biens que nous faisons.

               Cette eucharistie que nous célébrons est un repas où tous ensemble, sans faire de distinction, nous nous faisons petits pour accueillir le Seigneur qui, lui, nous considère comme ses enfants bien-aimés. Qu’elle nous rende de plus en plus de véritables disciples de Jésus, tournés comme Lui, vers nos frères et sœurs dans le besoin. AMEN.

Père Jean-Claude DUCLOS