Nous entrons aujourd’hui dans le temps de l’Avent : L’avènement. C’est le début d’une nouvelle année liturgique : « l’année A ». Les trois premiers dimanches vont nous orienter vers l’attente du second avènement du Christ qui conclura l’histoire du monde et de l’humanité. Cet avènement du Christ concerne tous les vivants, y compris ceux qui ne le savent pas. Nous, croyants, nous avons pour mission de témoigner de cette attente tout au long des semaines qui nous préparent à Noël. L’histoire nous est présentée comme le lieu d’enfantement d’un monde nouveau qui sera manifesté.
Les trois lectures bibliques de ce 1er dimanche nous invitent à changer notre regard sur le temps que nous vivons. Le prophète Isaïe, dans la première lecture, nous ouvre une vision étonnante. Jérusalem, figure de l’Église du Christ, est élevée comme une montagne vers laquelle toutes les nations afflueront. Elle devient le lieu d’où jaillit la Parole de Dieu, source de paix universelle. C’est l’annonce d’une paix désarmante parce que désarmée. Car la paix de Dieu n’est pas d’abord une négociation ou un équilibre des forces. Elle naît d’un cœur transformé par l’écoute, la compassion et le pardon.
Nous le savons trop bien, ce rêve est encore loin d’être réalisé. Le prophète Isaïe nous rappelle cependant que cette promesse de paix est donnée comme une semence. Elle nous est donnée, elle pousse déjà et elle nous est donnée à faire. Venez, marchons à la lumière du Seigneur : c’est un impératif, pas une option. Elle se réalise chaque fois que nous choisissons de tendre la main plutôt que de dresser un mur, chaque fois que nous faisons confiance plutôt que de soupçonner, chaque fois que nous donnons la priorité à la vie plutôt qu’à la compétition.
Saint Paul, lui, appelle les chrétiens de Rome et chacun de nous, à sortir de notre sommeil. Il recommande à tous une vigilance active pour se préparer à la rencontre du Seigneur. Car « le salut est plus près de nous qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit sera bientôt finie. Le jour est tout proche ». En attendant, nous sommes invités à nous revêtir du Christ Ressuscité, le vêtement du baptême tissé de compassion, de respect et de pardon. La vraie révolution n’est donc pas celle des armes, mais celle des cœurs qui s’ouvrent à Dieu.
En écoutant l’Évangile, nous avons peut-être pensé à toutes les arches de Noé de nos magasins. C’est un véritable déluge de gentillesse, de douceur et de rêve qui se prépare. Mais l’Évangile nous parle d’un autre déluge qui est resté dans les mémoires comme une catastrophe. Noé, seul, avait pris ses dispositions… Tout cela nous renvoie à ce qui se passe dans nos villes inondées de lumière en pleine nuit, envahies par la verdure des sapins et par la musique commerciale ; beaucoup ne se doutent de rien : c’est le temps de la fête. Mais un jour, c’est l’accident, la catastrophe, la maladie, la violence terroriste : « Veillez donc, nous dit Jésus, tenez-vous prêts vous aussi ».
Ne vous laissez pas endormir, ne vous laissez pas égarer. Nous avons une nouvelle arche de Noé : c’est la communauté des baptisés de notre paroisse. Toutes les familles de la terre sont invitées à marcher à la lumière du Seigneur. « Se tenir prêts, vous aussi » : Nous nous y entraînons dans nos assemblées par nos chants, nos cantiques et la prière. C’est là que s’exerce la vigilance demandée. Jésus aussitôt réalise sa promesse. C’est là que nous nous habillons pour le combat de la lumière.
Veiller, c’est agir sur tout ce qui doit changer dans notre vie, c’est rejeter toutes formes d’égoïsme et d’indifférence, c’est renoncer aux comportements qui nous détournent de Dieu et des autres. « C’est alors que le fils de l’homme viendra » Lorsque nous sommes réunis autour de la Parole du Seigneur, que nous tendons l’oreille et tournons nos cœurs vers Lui, comme maintenant, il nous comble de sa présence.
Que cette eucharistie du 1er dimanche de l’Avent nous aide à désarmer nos cœurs et à revêtir l’amour et la lumière du Christ : Prince de la paix ! AMEN.
Père Jean-Claude DUCLOS
