30 Juin 2024 : 13ème Dimanche ordinaire « B »

30 Juin 2024

            Tous ces gens qui se sont pressés autour de Jésus ce jour-là… C’était la foule autour du guérisseur qui passait par là, mais ce soir sans doute l’affaire sera oubliée. Ces gens-là pour la plupart n’auront pas été touchés par la rencontre de Jésus, et Jésus n’aura guère été touché non plus ; il n’aura pas senti une force « sortir de lui ». Tandis que pour cette femme… Celle-là s’est approchée d’une tout autre façon : car elle souffrait, elle se débattait contre les maux de l’existence, et elle s’est dit que cet homme de Dieu aurait peut-être un peu de puissance pour elle.

            Elle s’est approchée avec une immense espérance, disons avec une infinie et toute petite confiance. Oh, il ne s’agissait pas d’une foi très élaborée : « toucher son manteau », autant dire que c’était de la magie. Il n’empêche : cette femme a perçu que Dieu, quel qu’il soit, ne peut avoir que de la bonté pour les gens, qu’il n’est pas un ami de la souffrance. Permets mon Dieu, que je m’approche comme je peux, fût-ce en cachette… Et Dieu a entendu la souffrance de cette femme, il a reconnu sa foi, sa toute petite, mais infinie confiance. Jésus passeur de vie, a senti « une force qui sortait de lui ». Guérir, consoler les souffrants, c’est pour Jésus « plus fort que lui », cela vient de si profond qu’il en est traversé à son insu. Cela vient de Dieu !

            On nous dit que la femme « ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal ». L’affaire pourrait s’arrêter là ; or non, Jésus sait, lui, ce que signifie vivre. La guérison  n’y suffit pas. Femme, si tu veux vivre, dit Jésus, regardons-nous en face, dis-moi « toute la vérité », engageons « l’un et l’autre » une vraie relation de confiance. Alors, crois-moi, la vie qui commence sera tout autre, tu vivras une vie offerte et confiante, apte à supporter les épreuves et à les traverser sans peur jusqu’à ton dernier souffle. Bienvenue dans le monde de  ceux qui n’ont plus peur : « Ta foi t’a sauvée », je suis sûr, j’espère que cette femme, ce soir, n’aura pas oublié Jésus. Le visage de Jésus sera désormais sa joie et son salut.

            Vient se glisser l’histoire de Jaïre et de sa fille malade, et d’une femme aux pertes de sang : c’est la fertilité qui se gaspille, c’est la vie qui se répand à perte et qui n’engendre rien. La fillette bientôt en âge de se marier est « à la dernière extrémité » : c’est la vie qui meurt sur le seuil, avant d’avoir pu se transmettre. Ici pas question qu’elle implore elle-même, c’est la foi de son père qui la sauvera. En effet, par notre foi en Dieu nous pouvons quelque chose pour les autres, ils peuvent quelque chose pour nous.

            Prière d’intercession, Jaïre donc demande à Jésus « Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ! ». Jésus prendra la main de l’enfant, il lui parlera : « Jeune fille, lève-toi » et il la rendra à ses parents pour qu’eux-mêmes continuent le travail de guérison. Le Dieu de cet évangile nous prend par la main, nous invite à faire un pas et nous confie à d’autres sur un long chemin.

            Ainsi cet évangile nous fait découvrir « les niveaux de la foi ». Il y a la foi inefficace de la foule. Ce peut être la nôtre parfois, car nous pouvons « toucher » Jésus à la messe, nous en approcher mille fois sans avoir pris conscience d’un besoin de guérison, sans désirer vivre davantage ou autrement ou en cherchant ailleurs de vaines façons de grandir et de progresser. Il y a ensuite la foi de ceux qui s’approchent avec un désir : ils savent ou ne savent pas parler de Dieu, ils tâtonnent comme ils peuvent, mais du moins ont-ils perçu ce que peut être une vie humaine accomplie. Ils aimeraient être des passeurs de vie, ils devinent qu’elle est probablement du côté de Dieu ; Et puis il y a la foi de ceux qui ont reconnu le visage de Jésus : ceux-là ont commencé à lui « parler vrai ». Ils ont eu la grâce d’être pris par la main, de s’être sentis, une fois, cent fois relevés par lui. Ils ont commencé à goûter au mystère de la résurrection.

            Tous ces gens-là sont nos frères et sœurs, car nous sommes tous, ces gens-là. Et Jésus, en vérité, au soir de la journée, n’en aura oublié ni négligé aucun. Je crois qu’il continue de passer parmi nous, sans finir de nous attendre et de nous espérer. AMEN.

Père Jean-Claude DUCLOS