La liturgie de ce 3ème dimanche du temps ordinaire est toute centrée sur la place de la Parole de Dieu dans la vie des disciples de Jésus. Apprenant l’arrestation de Jean-Baptiste, Jésus se retire en Galilée. Il part dans une ville du bord du lac, Capharnaüm, dans cette Galilée des païens, Galilée des nations, lieu de passage, carrefour entre Césarée maritime et Damas, entre la mer et le désert. Il se rend dans un lieu ouvert pour que la lumière – Lumière qu’Il est lui-même – puisse éclairer les nations.
L’évangéliste Matthieu nous indique que c’est au moment où Jean-Baptiste est mis en prison que « Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche ». Il reprend l’appel à la conversion que le Baptiste avait lancé. Il le proclama sur ces routes de Galilée, il le proclame aujourd’hui pour chacun et chacune d’entre nous. Peut-être me direz-vous, qu’en étant venus participer à cette Eucharistie, vous êtes déjà convertis ? Pourquoi donc entendre à nouveau une parole de conversion ?
Je crois que nous avons tous et toutes, à tout moment, à entendre le Christ Jésus nous inviter à la conversion, à un changement de cœur. Oui, frères et sœurs, nous pouvons nous installer, nous scléroser d’une certaine façon, faisant en sorte que la Parole de Dieu glisse sur nous comme l’eau sur les plumes du canard. Ne pouvant plus apporter cette lumière extraordinaire qui vient éclairer les plis secrets de notre âme, qui vient jusque dans nos profondeurs les plus intimes pour démasquer les ténèbres du péché et nous irradier de la lumière du Christ. Oui, nous avons besoin de conversion et elle peut être obtenue qu’en étant des « écoutants ».
Juste après cet appel à la conversion, Matthieu nous rapporte l’appel des disciples. Le premier appelé, celui qui deviendra le chef du collège des apôtres, s’appelle Simon : en hébreu, ce nom a une racine qui renvoie au verbe écouter. Cela nous indique que la première qualité est d’être un « écoutant ». Écoutant de la Parole de Dieu, en ce 3ème dimanche du temps ordinaire institué par le Pape François « dimanche de la Parole ». Écoutant de la Parole de Dieu dans ses trois dimensions : par l’Écriture la Bible, par la parole des frères et des sœurs, par les événements de la vie. Il ne faut pas les opposer l’une à l’autre, mais accueillir, comme un faisceau, ces trois dimensions de la Parole de Dieu.
A travers la Bible, à travers les frères et sœurs que nous rencontrons, à travers les événements Dieu nous parle. Et ces trois dimensions s’éclairent l’une l’autre et nous donnent de discerner l’appel que le Christ ne cesse de lancer aujourd’hui, comme il l’a fait hier, au bord du lac, pour Simon Pierre, André et Jean. Notre Dieu est un Dieu qui aime établir une communication véritable avec ses enfants. En cela, nos mamans sont comme le bon Dieu : elles ne se lassent jamais de parler à leurs petits dès le premier instant de la naissance, avec tendresse. Elles ne se lassent jamais de les regarder dans leurs yeux, espérant ainsi épanouir le bébé, lui apprenant à communiquer de plus en plus. De même, à chaque instant de notre existence, le Christ Jésus nous invite à marcher à sa suite, à mettre nos pas dans ses pas pour aller avec Lui, quelle réponse allons-nous lui donner ?
Saint Paul était un véritable disciple et imitateur du Christ comme nous le montre la deuxième lecture. Il ne veut pas qu’on se réclame de lui, il ne veut même pas que l’on dise « Moi, j’appartiens au Christ » si cette expression signifie que je peux me passer de la médiation de l’Église. Saint Paul nous interroge sur notre manière d’être en Église. Nous nous réclamons souvent de telle ou telle chapelle, de tel ou tel groupe. C’est humain, mais cela devient très gênant lorsque nous estimons que tel groupe n’est plus vraiment d’Église, que nous jugeons et séparons. Nous devenons alors sectaires.
Nous sommes les disciples d’un Dieu unique, d’un seul Dieu comme nous l’affirmons dans le Credo ; mais d’un seul Dieu qui est Père, Fils et Saint Esprit. Un seul Dieu en trois personnes. Dans l’Être même de Dieu Trinité, il y a unité et diversité, communion profonde dans la différence. C’est à cause de notre foi en un Dieu Trinité que nous sommes appelés à vivre la communion dans la diversité, à vivre l’unité entre nous tout en étant différents.
Nos divisions sont un obstacle à cette lumière qui est venue « dans le pays de l’ombre et de la mort » par l’incarnation du Fils de Dieu. Oui, frères et sœurs, nous avons besoin de conversion. Écoutons encore l’appel lancé par nos frères chrétiens pour la semaine de prière pour l’unité : « Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance ».
Il nous faut donc travailler à faire vivre la Parole dans notre vie, à redécouvrir la puissance de guérison des sacrements et de la force de la prière, accepter le don de Dieu dans notre cœur, afin de laisser la Parole de Dieu nous labourer dans toute notre personne. AMEN.
Père Jean-Claude DUCLOS
