23 Juin 2024 : 12ème Dimanche ordinaire « B »

23 Juin 2024

« Passons sur l’autre rive ! ». Ces paroles de Jésus à ses disciples peuvent nous paraître anodines et pourtant elles sont particulièrement importantes pour eux et pour nous aujourd’hui..

Elles sont importantes pour les disciples qui sont Juifs et qui, jusqu’à présent, sont restés avec Jésus en territoire Juif. Or là, il s’agit de passer au-delà du Jourdain, dans la Jordanie actuelle, qui était à l’époque, un territoire majoritairement païen.. Car c’est là aussi que Jésus veut exercer sa Mission : c’est là qu’il veut proclamer l’Évangile du Royaume, la Bonne nouvelle du Salut offert à tous les hommes, et pas seulement au peuple Juif…  Pour les apôtres c’est certainement une vraie révolution, une révolution qu’ils auront eux-mêmes à poursuivre avec toute l’Église après la mort et la résurrection de Jésus…

En effet, la barque est l’image de l’Église. Et ce sont eux, les apôtres, qui sont à la manœuvre.. Ce sont eux qui rament.. Car si Jésus est dans la barque, il dort à l’arrière.  Et nos braves apôtres, malgré tous leurs efforts, semblent impuissants et de plus en plus pris de panique devant tous les vents contraires et la tempête qui secouent la barque de partout, la menaçant de couler corps et biens..

Là encore, il s’agit d’une image symbolique. A cette époque le fond de la mer était considéré comme le lieu d’habitation des forces du Mal.. Et quand les forces du Mal se réveillaient, remontaient à la surface et se déchaînaient, ça provoquait de violentes tempêtes…

Or, si Jésus et ses apôtres passent en territoire païen et y annoncent le salut offert à tous, y compris aux païens, qui à cette époque étaient considérés comme habités par les forces du Mal, celles-ci vont se sentir agressées sur leurs propres terres et vont se déchaîner pour les en empêcher. Et l’Église et les premiers chrétiens risquent de se faire engloutir.

Aussi les apôtres et les premiers chrétiens ont bien besoin de faire appel au Christ mort et ressuscité, qui donne parfois l’impression de dormir et de les abandonner, pour qu’il commande à toutes ces forces du Mal de se taire et qu’il fasse ainsi revenir le calme et la paix dans tous les cœurs.

N’est-ce pas un peu le même ordre que le Christ ressuscité nous adresse aujourd’hui au cœur de notre monde agité par de multiples tempêtes : « Ne restez pas calfeutrés entre vous ! N’ayez pas peur de passer sur d’autres rives, au milieu des débats, des remous, des vents contraires » pour continuer plus que jamais, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, à chercher comment inventer peu à peu une humanité nouvelle, fondée sur l’ouverture à tous, le dialogue, la solidarité, la tolérance, l’attention aux plus petits , la fraternité.

Et parce que cela peut nous paraître « mission impossible », n’est-il pas de plus en plus urgent de ne pas compter sur nos seules forces humaines ? N’est-il pas de plus en plus urgent  de raviver notre Foi au Christ ressuscité et à son Esprit Saint, qui sont là au milieu de nous et qui attendent que nous leur fassions vraiment appel et que nous comptions sur eux pour nous guider et nous aider à aller toujours plus de l’avant ? AMEN !

Père Bernard TROHEL