La parole de Dieu de ce septième dimanche du Temps ordinaire de l’année C nous invite à être des vrais imitateurs de notre Père qui est miséricordieux. L’évangile selon saint Luc que nous venons d’entendre nous le dit en des termes clairs « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Cette miséricorde divine dont le chrétien est imitateur se traduit par des œuvres concrètes, celles dites de miséricorde. La miséricorde est donc quelques chose qui se vit au quotidien.

            L’évangile de ce dimanche nous apprend comment vivre la miséricorde à travers l’enseignement que Jésus donne à la foule qui l’entoure. « Je le dis à vous qui m’écoutez (dit Jésus) Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent… » Son enseignement ne fait pas de place à une demie-mesure. Alors qu’était prêché uniquement l’amour des amis, de ceux qui nous font du bien, Jésus proclame l’amour sans limite, ni exclusion.

            Nous savons combien il est difficile d’aimer ceux qui nous ont fait ou nous font du mal. Mais Jésus conduit notre amour à l’extrême limite comme Lui-même nous a aimés jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie pour tous, même pour ses bourreaux. Aimer ceux qui nous aiment et ceux qui ne nous aiment pas ne sera possible que si notre amour trouve son fondement en Dieu qui nous a aimés le premier jusqu’à donner son Fils unique. 

            Certes nous aimons nos proches, nous sommes capables d’altruisme, nous avons des moments de générosité. Mais nous ne savons que trop bien combien nous sommes prisonniers de logique de préservation, de réciprocité, de jugement. Comment pourrions-nous aimer tout homme, toute femme que nous rencontrons, à la hauteur de l’amour de Dieu ? La vraie question n’est pas tellement comment vais-je obéir au Christ ? Elle est plutôt : « Comment vais-je accepter de me laisser transformer par le Christ ?

           Pour passer d’une logique humaine de lois, de morale, à une logique d’amour libre, la première étape est certainement de reconnaître qu’avant d’aimer, je suis aimé par Dieu. Certains diront que cela va de soi. En théorie, soit. Mais finalement, reconnaître la réalité de l’amour de Dieu pour moi, implique de reconnaître en même temps tout ce qui en moi est loin d’être attirant. Pour percevoir combien l’amour de Dieu est inconditionnel, ne faut-il pas prendre la mesure de mes propres limites ? Et si je n’en passe pas par là, comment pourrais-je comprendre l’amour de Dieu pour les autres hommes et femmes de ce monde ? Et ayant reconnu cet amour, tenter de m’y associer ?

           La première lecture du premier livre de Samuel nous offre un bel exemple de pardon. Alors qu’il avait la possibilité de tuer Saül, son rival, David refuse de se venger et le confie à la justice de Dieu. Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens nous rappelle que nous  sommes à l’image de Dieu autant par Adam qui fut pétri de terre que par le Christ qui est venu du ciel. Nous reconnaître à l’image de Dieu renforce encore la miséricorde dont nous devons témoigner les uns envers les autres. Seule la grâce de Dieu peut nous aider à être chaque jour miséricordieux comme Lui.

           Il nous appartient donc de diriger nos propres forces pour apprendre à aimer comme Dieu aime, ou plutôt, à aimer avec Dieu. Apprendre à aimer avec Dieu, c’est l’associer à ma vie, mettre ma vie sous son regard. C’est aussi apprendre à mieux le connaître, à travers la figure de Jésus. En pratique, nous voyons bien ce que cela veut dire : relire ma vie et mes relations dans la prière, méditer l’évangile, fréquenter les sacrements. Laisser, enfin, cette familiarité avec Dieu influencer toujours plus mes choix et mes décisions et, ainsi, donner chaire concrète à cet amour par des actes.

           Dieu ne veut pas des serviteurs obéissants, aussi efficaces soient-ils, mais des enfants qui s’associent librement à son œuvre, portés par une même vision.   Amen.

Père Jean-Claude Duclos