En arrivant à Césarée-de-Philippe, Jésus oriente la conversation et pose à ses disciples la question essentielle, la seule qui vaille la peine : « Qui pensez-vous que je suis ? ». Il veut en avoir le cœur net: « ses disciples l’ont-ils vraiment reconnu ? ». Il est à remarquer que Jésus pose cette question en deux fois et de deux façons différentes. La première fois, il demande : « Qui est, d’après ce que disent les gens le Fils de l’homme ? ». La seconde fois, il interpelle personnellement : « Mais vous, que dites-vous ? Pour vous qui suis-je ? ».

                   Il y a d’abord ce que disent les gens au sujet de Jésus : la rumeur populaire, l’opinion publique, les divers courants de théologie, les prêtres, les scribes, les pharisiens. Ces opinions au sujet de Jésus telles que les disciples les rapportent sont tout à fait discordantes. Mais Jésus ne se contente pas de cette revue de presse à son sujet. Il s’y intéresse à peine. Ce qui l’intéresse, c’est l’expression personnelle que chaque disciple a faite de lui : « Pour toi, qui suis-je ? ». Question directe et décisive qui est posée à chacun et à chacune de nous ce matin avec autant de force qu’aux disciples jadis.

                   Pierre prend la tête du groupe pour répondre : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Ce cri de la foi lui vaut une béatitude supplémentaire. Heureux est-il, car une telle réponse ne peut pas venir de l’homme abandonné à lui-même… La foi n’est pas le résultat d’un raisonnement logique, elle n’est pas une réalité qu’on peut voir avec les yeux ni toucher avec les mains.

                   Parce qu’il s’est fait disciple à l’écoute d’une voix intérieure, le premier des Apôtres a pu accueillir une telle vérité. Elle est un don de Dieu, faculté reçue gratuitement et qu’elle est l’amitié, et quel est l’amour qui ne soit reçu gratuitement… Faculté de reconnaître en Jésus le Messie, le Fils de Dieu.

                   Comme Pierre a répondu au nom de tous les disciples, c’est à eux tous que Jésus répond lorsqu’il s’adresse à Pierre, et il parle de l’Église : « Et moi, je te le déclare Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». La profession de Foi de Pierre est le roc sur lequel Jésus bâtira son Église dont lui-même est membre. Ce roc sur lequel Jésus bâtira son Église, ce n’est pas sur la personne de Pierre, mais sur sa profession de foi, faite au nom de tous les disciples.

                   L’Église n’est pas une simple institution humaine, comme n’importe quelle autre, bien plus, elle est étroitement unie à Dieu. Le Christ lui-même se réfère à elle comme « son » Église. On ne peut pas séparer le Christ de l’Église, comme on ne peut pas séparer la tête du corps. L’Église ne vit pas par elle-même, elle vit par le Christ. Il est présent au milieu d’elle et lui donne vie, aliment et force.

                   Jésus utilise deux images pour désigner son Église. D’abord celle de la maison construite sur le roc et contre laquelle le pouvoir de la mort n’aura pas de force et celle des clés, c’est-à-dire le pouvoir donné à la communauté d’admettre en son sein les hommes qui cherchent le salut et d’en exclure ceux qui le refusent. Il ne faut pas voir dans ces « clés » un pouvoir personnel de Pierre sur l’Église, mais bien un pouvoir de l’Église représenté par Pierre.

                   Nous sommes tous l’Église ! Nous pouvons demander à la Vierge Marie une foi semblable à celle de Pierre afin que tous, dans l’Église, nous rendions témoignage que Jésus-Christ est le Sauveur de tous les hommes et la source vivante de notre espérance jour après jour.

                   Prions pour le ministère du pape Léon qui a la charge de soutenir la foi du peuple de Dieu.

                   Que cette messe soit pour nous un ressourcement en communauté de foi avec nos frères et sœurs présents, et avec tous ceux et toutes celles qui, comme nous, célèbrent le jour du Seigneur dans le monde entier. AMEN.

Père Jean-Claude DUCLOS