Les lectures que la liturgie de ce 18ème dimanche du temps ordinaire nous propose à méditer, nous invitent à contempler la sollicitude de Dieu envers son peuple.
La première lecture tirée du cinquante-cinquième chapitre du Livre d’Isaïe nous fait retentir l’appel du Seigneur envers son peuple qui vit en exil, depuis cinquante ans : « vous tous qui avez soif, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer ». A Israël, loin du confort de Jérusalem, le Seigneur rappelle encore que c’est Lui la source de tout réconfort et de toute providence ; Lui qui fait nourrir à satiété celui qui a faim et dépourvu d’argent. Par la voix de son prophète, il invite le peuple à se tourner vers Lui : « Ecoutez le Seigneur et vous vivrez ».
L’écoute est la disposition de celui qui se soumet au Seigneur dans la crainte de sa parole, l’abandon à sa grâce et la pratique de ses commandements. Le Seigneur nous appelle aujourd’hui encore à nous tourner vers Lui au travers de toutes les nouveautés et les changements dans l’Eglise et dans le monde, en particulier vis à vis du changement climatique, pour ne compter que sur la gratuité de son amour.
Dans la seconde lecture, tirée de la lettre aux Romains, saint Paul nous parle précisément de la gratuité de cet amour de Dieu en Jésus-Christ. Lui-même persécuté et mis en prison, il ne cesse pourtant de porter toute son espérance dans le Seigneur qui a donné sa vie pour lui en mourant sur la croix. Voilà pourquoi même au milieu des souffrances de ce monde, il ne cesse de crier sa confiance au Seigneur Jésus, car il est convaincu dans son for intérieur que rien ne pourra le séparer de l’amour du Christ. Nous pensons à tous les chrétiens persécutés aujourd’hui dans le monde.
Dans l’Evangile selon saint Matthieu, c’est la promesse d’Isaïe qui s’accomplit. Le Seigneur ne peut rester insensible devant la misère humaine. Nourrir toute une foule dans un endroit désert, c’est extraordinaire ! Mais le plus important, c’est que cet Evangile nous invite à reconnaître Dieu qui prend soin de son peuple, le nourrit gratuitement. En Jésus et par lui, c’est tout l’amour du Père qui se donne. Et il nous faut faire encore un pas de plus.
Ce miracle est vu, nous dit saint Mathieu, comme un signe de l’Eucharistie. Les gestes de Jésus sont les mêmes qu’à la Cène : « il prit les cinq pains, il prononça la bénédiction, il rompit les pains, il les donna ». Ce pain qui est annoncé, c’est celui de la vie éternelle, c’est son corps livré pour nous et pour la multitude. Douze paniers pleins des morceaux qui restaient. C’est l’annonce de la vraie multiplication qui ne cesse de s’accomplir par le ministère des prêtres.
« Donnez-leur vous-mêmes à manger » : cette phrase, dans sa simplicité, a un caractère solennel. Le partage, la fraternité : c’est là vraiment qu’on trouve Dieu, quand, avec le peu que nous avons ou que nous sommes, nous avons le souci des autres, proposant des solutions à leurs questions, à leurs problèmes. Et ça, c’est un sacrement : une des multiples façons dont le Christ nous donne à revivre son message d’amour. Le pain de la vie éternelle, c’est aussi toute la vie de l’homme qui est au centre de l’Eucharistie.
Ce récit, non de la multiplication des pains, mais récit « des pains partagés », c’est un sacrement qui doit se perpétuer. En sortant de cette messe, nous sommes envoyés vers les autres avec un panier plein. Comme autrefois, Jésus continue de nous dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » à ceux qui ont faim de pain, faim d’amour, faim de reconnaissance.
Père Jean-Claude Duclos
